Nouveaux indices à la défavorisation : des angles morts à la réussite éducative

écrit par Marie-Eve Blanchard, mardi 27 novembre 2018


Les nouveaux calculs des indices de défavorisation dans les écoles publiques, qui servent à la répartition des fonds et des services professionnels, ont soulevé un tollé d’inquiétudes dans les commissions scolaires du Québec qui craignent une diminution importante des services offerts aux élèves en difficulté. Nous avons eu envie d’examiner de plus près ce que révèlent ou ne révèlent pas ces calculs.

 

Le journal Le Devoir rapportait qu’à la suite de ces nouveaux calculs, 27 écoles montréalaises verront leur budget alloué aux services aux élèves amputé de 2,98 millions de dollars et le nombre d’élèves par classe augmenter. Puisque ces écoles desservent des quartiers touchés par la « gentrification », les nouveaux calculs, qui considèrent en priorité le niveau de scolarisation de la mère et l’occupation en emploi des parents, donnent à croire une nette amélioration des conditions de vie des résidents et résidentes de ces quartiers. Or, est-ce réellement le cas? Il est fort possible d’en douter, car ces critères ne révèlent pas tout de la situation socioéconomique des familles et laissent dans l’ombre certaines inégalités sociales.

 

Bien qu’on puisse se réjouir que les mères des quartiers des 27 écoles touchées soient plus scolarisées, leur diplôme n’est malheureusement pas garant d’une vie meilleure. En effet, pour les femmes, posséder un diplôme n’est pas le gage d’un travail bien rémunéré et ne leur garantit pas une sécurité d’emploi, les emplois précaires incombant davantage aux femmes. Qui plus est, lorsque ledit diplôme n’est pas reconnu au Québec, comme c’est le cas pour une majorité de familles nouvellement arrivées, la situation se corse. Selon une étude menée en 2015 à Montréal sur l’égalité entre les hommes et les femmes, les travailleuses doivent s’instruire davantage que les hommes pour atteindre un taux d’emploi comparable. C’est dire que la présente situation est préoccupante : si à diplôme égal le taux d’emploi n’est pas le même selon que l’on soit un homme ou une femme, la relation entre formation et emploi intrinsèque aux nouveaux calculs se heurte à un problème de taille...

 

Et que dire des parents qui déclarent être « actifs » sur le marché du travail, ce qui se traduit, dans les nouveaux calculs, par une plus grande « favorisation »? Quand on sait que dans la grande région de Montréal « 40 % des personnes qui vivent dans la pauvreté travaillent » et plus de la moitié de ces personnes (55 %) ont des enfants, c’est en partie répondre à la question. Ces seuls chiffres et faits saillants indiquent la limite des indices ciblés dans le calcul de défavorisation, car le fait de posséder une qualification ou un diplôme et d’occuper un emploi n’assure pas à toutes les familles une qualité de vie dite favorable.

 

L’onde de choc provoquée par les nouveaux calculs invite également à réfléchir à l’embourgeoisement des quartiers qui masque, sur le plan statistique, les difficultés vécues par un grand nombre de familles. Ce faisant, c’est le chemin, ponctué de multiples traverses, courbes et montées, de la réussite éducative qui s’en trouve faussement aplani. Et ceux qui en feront fâcheusement les frais seront les jeunes en difficulté qui risquent l’invisibilité, car cachés dans les angles morts de ces nouveaux calculs.

 

>> Pour aller encore plus loin : Rappelons que le ROCLD, notre regroupement, a parmi ses positions et revendications la lutte à la pauvreté et l’égalité entre les sexes en éducation.


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